Les Canadiens ne sont que partiellement convaincus que Poilievre est le Trump du Canada
Depuis que Pierre Poilievre est devenu chef du Parti conservateur, il doit se défendre contre des accusations selon lesquelles il serait le Donald Trump du Canada. Avant même le début de la dernière campagne électorale, les libéraux ont lancé une publicité mettant l’accent sur les similarités de langage entre les deux chefs. Les Canadiens ne sont que partiellement convaincus.
J’ai mené un sondage auprès de 1 001 Canadiens du 4 au 7 avril 2025. J’ai posé de nombreuses questions sur les perceptions des préférences politiques des leaders politiques par les Canadiens.
Les Canadiens pensent que Poilievre et Trump ne s’aiment pas
J’ai demandé aux répondants s’ils pensent que Poilievre aime Trump ou, au contraire, s'il pensent que Poilievre n’aime pas le président américain. Il y a plus de Canadiens qui pensent que Poilievre n’aime pas ou n’aime vraiment pas Trump (36 %) que de Canadiens qui pensent qu’il l’aime ou l’aime beaucoup (26 %).
Figure 1 : Perceptions des attitudes de Poilievre envers Trump par les Canadiens. Plus de Canadiens pensent que Poilievre n’aime pas Trump que l’inverse.
J’ai également demandé si les répondants pensent que Trump aime Poilievre ou s’il n’aime pas le chef conservateur. Il y a plus de répondants qui pensent que Trump n’aime pas ou n’aime vraiment pas Poilievre (38 %) que de répondants qui croient qu’il l’aime ou qu'il l’aime beaucoup (22 %).
Figure 2 : Perceptions des attitudes de Trump envers Poilievre par les Canadiens. Plus de Canadiens pensent que Trump n’aime pas Poilievre que l’inverse.
Les Canadiens pensent que Poilievre défend le Canada dans les conflits commerciaux et sur la souveraineté canadienne
J’ai ensuite demandé aux répondants s’ils pensent que Poilievre est d’accord ou non avec plusieurs affirmations politiques liées aux relations entre le Canada et les États-Unis. Près de trois fois plus de répondants pensent que Poilievre est plutôt ou fortement d’accord (48 %) que plutôt ou fortement en désaccord (17 %) avec l’idée que le Canada traite les États-Unis de manière juste dans les échanges commerciaux. Les Canadiens croient donc que Poilievre rejette l’affirmation de Trump selon laquelle le Canada exploite les États-Unis.
Figure 3 : Perceptions des Canadiens de l’accord de Poilievre avec l’énoncé selon lequel le Canada traite équitablement les États-Unis en matière de commerce. Près de trois fois plus de Canadiens pensent qu’il est d’accord que l’inverse.
Les Canadiens pensent également que Poilievre soutient le Canada en ce qui concerne les droits de douane. Deux fois plus de répondants estiment que Poilievre est en désaccord (44 %) plutôt qu’en accord (24 %) avec les droits de douanes imposés par les États-Unis sur les produits canadiens. De même, il y a plus de trois fois plus de Canadiens qui pensent que Poilievre est d’accord (52 %) qu'il y a de Canadiens qui pensent qu'il est en désaccord (16 %) avec l’imposition de tarifs de représailles par le Canada contre les États-Unis.
Figure 4 : Perceptions des Canadiens de l'accord de Poilievre avec les droits de douanes américains sur les produits canadiens. Il y a deux fois plus de Canadiens qui pensent que Poilievre est en désaccord avec les droits de douanes américains que de Canadiens qui pensent que Poilievre est d'accord avec ces droits de douanes.
Figure 5: Perceptions des Canadiens de l’accord de Poilievre avec les tarifs de représailles du Canada contre les États-Unis. Il y a trois fois plus de Canadiens qui pensent que Poilievre est d'accord avec les tarifs de représailles que de Canadiens qui pensent qu'il s'oppose à ces tarifs.
Les Canadiens pensent aussi que Poilievre défend la souveraineté canadienne face aux menaces provenant de Trump. Plus de cinq fois plus de répondants estiment que Poilievre est en désaccord (65 %) plutôt qu’en accord (13 %) avec l’idée que le Canada devienne un État américain.
Figure 6: Perceptions des Canadiens de l’accord de Poilievre avec l’annexion du Canada par les États-Unis. Il y a cinq fois plus de Canadiens qui pensent que Poilievre est opposé à l'annexion qu'il y en a qui pensent qu'il est favorable à l'annexion.
J’ai ensuite demandé aux répondants dans quelle mesure ils pensent que Poilievre aime le Canada, sur une échelle de 0 à 10, où 0 signifie qu’il n’aime vraiment pas le Canada et 10 qu’il l’aime vraiment. La réponse médiane est de 8. Il s’agit du même score médian que les Canadiens se donnent à eux-mêmes et qu’ils attribuent au chef libéral Mark Carney (ainsi qu’à son prédécesseur Justin Trudeau). Les Canadiens ne sont donc pas convaincus que Poilievre n’aime pas son pays ou qu’il ne soutient pas des politiques visant à protéger le Canada contre les menaces de Trump.
L’idéologie représente un défi plus important pour Poilievre
Le portrait change quand on se concentre sur l’idéologie politique. Sur l’axe idéologique traditionnel allant de la gauche à la droite, les Canadiens distinguent à peine Poilievre de Trump. J’ai demandé aux Canadiens où ils situeraient les leaders sur une échelle de 0 à 10, où 0 correspond à l’extrême gauche et 10 à l’extrême droite. La position médiane attribuée à Poilievre est de 8, tandis que celle de Trump est de 9.
Figure 7: Les Canadiens pensent que Poilievre est presque aussi à droite que Trump. Les Canadiens placent Carney près du centre, là où ils se situent eux-mêmes.
Cette perception constitue un problème pour Poilievre et pour le Parti conservateur. Les Canadiens se situent eux-mêmes au centre de l’échelle idéologique, avec une position médiane de 5. Ils perçoivent Mark Carney à 4. Les Canadiens estiment donc que Poilievre est trois fois plus éloigné d’eux sur le plan idéologique que Carney.
La distance perçue entre Poilievre et les Canadiens, ainsi que sa proximité idéologique avec Donald Trump, posait moins problème lorsque Justin Trudeau était chef du Parti libéral. Les Canadiens le plaçaient à 3, soit deux points du centre, seulement un point de moins que Poilievre. La modération que les Canadiens attribuent à Carney met donc en évidence la plus grande distance idéologique qu’ils perçoivent chez Poilievre.
La voie à suivre : gérer la comparaison avec Trump
Depuis son élection à la tête du Parti conservateur, Pierre Poilievre doit se défendre contre des critiques affirmant qu’il est semblable à Donald Trump. Sur la plupart des dimensions, les Canadiens ne sont pas d’accord avec l’idée que Poilievre soit le Trump du Canada. Ils croient que Trump et Poilievre ne s’aiment pas, et ils pensent que Poilievre aime le Canada et soutient des politiques visant à protéger l’économie et la souveraineté canadiennes.
Poilievre est toutefois beaucoup plus vulnérable sur le plan idéologique. La position à droite que les électeurs pensent qu’il partage avec Trump pourrait être l'une des raisons pour lesquelles Poilievre n'a pas connu autant de succès face à Carney qu'il en a eu contre Trudeau. Toute ressemblance avec Trump pourrait demeurer un handicap tant que les menaces de Donald Trump continueront de planer sur la politique canadienne.